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NDARY LO AU MUSEE DAPPER : LE "PRIMAL" CHEZ LES "PRIMITIFS"

 

Il est d’étranges hasards de la rencontre. Qu’un artiste plasticien africain rencontre l’art africain dit « primitif » ailleurs en France, plus précisément à Paris dans le 16e au musée Dapper.
Un musée très connu pour ses collections d’art africain « primitif » (voir encadré), un générique qui recoupe toutes les formes d’expressions artistiques anciennes. Comme tout générique du reste, le qualificatif est réducteur. Car les kilomètres de lignes que ces arts inspirent aux critiques contemporains les « primitivent » moins. Et ces pièces anciennes qui font le Dapper se retrouvent depuis le 13 février dernier et jusqu’au 21 juillet prochain avec celles de l’artiste plasticien Ndary Lô. Sa quinzaine de sculptures sur fer érigent des formes filiformes et épurées façonnées avec des matériaux de son environnement. Il se définit lui-même comme un Daptaïsme, un artiste qui crée en s’adaptant à son environnement. Et ses structures clairement dessinées dans l’espace sont encore une manière d’entretenir ce langage avec l’environnement, l’espace. Il y intervient en lui laissant toute sa légèreté avec ses hommes qui marchent. Et c’est ce qui inspire, d’ailleurs, le titre de son  exposition : « l’art en marche ». Ndary Lô interroge « le primal » en allant vers l’essentiel dans sa série sur les « Marcheurs ». Il poursuit la même quête à travers ses lunettes d’échographe quand il accumule tous les enfants de la terre dans une forme cambrée qui ressemble fort bien à une Africaine. Ces pièces en fer forgé qui emprisonnent des têtes de poupées sont la Naissance dans une accumulation monstrueuse.  Il est un cri diffus qui se dégage dans ses œuvres « Echographie I et II ». La troisième de la série est le fruit de la sélection. Il est l’enfant unique qui aura encore à se battre dans la vie et qui, devant certaines difficultés de la vie, se remettra peut-être à un Dieu. Il se fera matière ferreuse agenouillée, « Prière » ou communauté fervente comme dans « yakaar », des pièces géminées qui ne sont pas laissées dans leur nudité brute mais revêtues d’une robe en mailles claires. Cette évocation primaire retrouve en appel ses sculptures désossées « Xiff » (Disette) en dialecte wolof du Sénégal. Ndary Lô n’évoque pas moins des ossements premiers qui font avec charme l’équivoque avec les formes décharnées qu’il évoque. Il est une sorte d’archéologue qui dépasse parfois sa propre spatialité pour s’élever vers une autre de ses œuvres « l’incompris ». Celle-ci est drapée de bouts de tissus. Et elle donne l’impression de porter sa tête disproportionnée qui ramasse aussi d’autres têtes de poupées. Ce bonhomme venu d’ailleurs gagnerait à être entendu comme cet artiste qui se livre à un véritable jeu de pistes, tout en laissant une trame qui revisite des sentiments esthétiques du beau à l’horrible. Comme ses pairs artistes, il ne porte pas la terre mais plutôt marche avec elle en l’interrogeant en ce qu’elle a de premier, d’essentiel. Ndary Lô, le lauréat du Grand prix du chef de l’Etat sénégalais pour les Arts de 1999, marche. Et il se retrouve quelques mois dans la même galerie qu’un de ses compatriotes Ousmane Sow qui avait exposé dans le même musée ses premiers bronzes

Massamba MBAYE (LE MATIN / MARS 2002)

 

AFRIQUE SECRETE

 

A  travers une centaine de pièces, toutes issues des collections du musée Dapper, Afrique secrète se propose de dévoiler les significations véhiculées par des objets. Articulée autour de deux thèmes particulièrement prégnants dans l’art africain – les rites funéraires et les rites initiatiques – l’exposition présente des pièces originaires d’Afrique équatoriale pour traiter du premier et d’Afrique de l’Ouest pour le second. Contrairement au parti pris, en vogue ces derniers temps, d’exposer l’art africain en le détachant de son contexte socioculturel pour privilégier son esthétique, chaque section est ici accompagnée de textes explicatifs qui rendent aux objets leur destination originale. La diversité des solutions stylistiques adoptées pour la fabrication de reliquaires ne s’en avère que plus frappante : quand au Gabon les figures sculptées (kota, sango…) recouvrent le panier en vannerie faisant office de réceptacle, les Mbédé du Congo placent les reliques à l’intérieur même du corps des statues. Quelques pièces de tissu aux motifs géométriques viennent aussi rappeler le rite de l’ensevelissement du mort, pratique essentiellement réservée aux hommes de rang et de pouvoir . Au second étage, l’univers initiatique est évoqué à travers de ombreux masques, objets cruciaux dans la transmission du savoir. Atteignant parfois plus d’un mètre ou au contraire ne dépassant pas la taille d’un visage, pourvu de décorations ou simplement incrusté de cauris, son traitement varie d’un peuple à l’autre et rivalise d’inventions formelles. Aux côtés des masques « figés », quelques  photos les présentent portés au cours de cérémonies rituelles qui leur donnent alors toute leur dimension. Si les explications fournies dans l’exposition dévoilent la complexité et la richesse de l’art africain, elles n’altèrent en aucun cas sa part de mystère. Peut-être  même contribuent-elles à la renforcer.