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HOMMES DE ZOO AU TEMPS DES COLONIES

 Anthropologues et historiens se penchent sur les exhibitions d’indigènes, arrêtées en 1931.

 Qui se souvient de 1931, pas de la grande exposition coloniale mais de l’exhibition des Kanaks venus pour l’occasion, parqués au jardin d’1Acclimatation du bois de Boulogne et pour qui les visiteurs payaient 5 F supplémentaires ? Le prospectus tirait alors « cannibales ». Ensuite, ils furent envoyés en tournée en Allemagne. Cette exposition fut la dernière du genre en France. Mettant un terme à soixante ans des shows ethniques qui eurent lieu dans toute l’Europe et aux États-Unis et connurent leur heure de gloire à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, alors que les historiens revisitent la colonisation, pour la première fois un ouvrage faisant appel à des auteurs de tous les pays concernés vient dévoiler un phénomène largement occulté des histoires nationales, les zoos humains comme les auteurs l’ont appelé de manière provocatrice. Ces exhibitions d’indigènes, qui ont touché des millions de spectateurs de Paris à Hambourg, de Londres à new York, de Moscou à Barcelone, ont favorisé en Occident le passage progressif d’un racisme scientifique à un racisme colonial et populaire. En 1860, la théorie de la hiérarchie des races est largement implantée chez les savants qui au départ cautionnent ces exhibitions. Pour les auteurs, elles ont marqué les mentalités.

 « Chevelure bizarre  »

 au XXIe siècle, la France et d’autres pays européens consolident leurs empires coloniaux, mais qui a vu en chair et en os l’Africain, l’Indien, le Kanak, l’inconnu, l’indigène ? en 1875, Carl Hagen Beck, commerçant de Hambourg à la tête d’un commerce d’animaux sauvages sans doute inspiré par l’Américain Barnum qui présentait des phénomènes, inaugure un ethno-show avec des Lapons. Succès foudroyant. Les années suivantes, il présente des Nubiens du Soudan égyptien, d’abord en Allemagne, puis à Londres et à Paris. Napoléon III a inauguré en 1860 le jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne conçu pour accueillir des animaux exotiques : végétation luxuriante, girafes, ours, kangourous … et en 1877, pour la première fois des hôtes humains, ainsi décrits par un membre de la société d’anthropologie : « Toute cette ménagerie africaine était escortée par 14 grands gaillards drapés de blanc, au corps de bronze, à la chevelure bizarre… On conçoit aisément que la curiosité du public fut vivement excitée à la vue de tous ces êtres étranges… ce convoi appartient à un négociant étranger dont la spécialité est de fournir les jardins zoologiques d’Europe et qui pour alimenter son commerce embauche des chasseurs indigènes. Cette fois, au lieu de laisser ceux-ci en Afrique, il a voulu les amener en Europe et si nous croyons les on-dit sa bourse ne s’en trouvera pas mal. »Les chameliers indigènes suscitent une curiosité bien plus grande que les animaux qu’ils sont venus accompagner. 

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