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* Le fou, 

nouvelle  de Mukuna Illunga (R.D.C.  

Note sur l'auteur : Mukuna Kamanga Illunga est un écrivain et dramaturge du Shaba (Republique democratique du Congo). Depuis plus d'une dizaine d'années il tente, avec des amis auteurs et comédiens, de développer un théâtre expériemental alliant la technique de la mise en scène moderne à l'expression jusqu'ici intacte (pour ne pas dire traditionnelle) de la scénographie des riutelles africains. Il est auteur de plusieurs nouvelles déjà éditées. Il vit et travaille à Lumbumbashi.

Wenda ubingila kilubi mutuka, nobe kodi kishelele.

            Tout a commencé par cette larme qui coulait continuellement de l’œil gauche. Un présage. Un malaise. Une maladie contractée le jour de la publication de la liste des engagés. Bizarre. Les souliers avaient vite senti la misère plus que tous les autres compagnons. Du coup, le cuir avait vieilli de deux ans et la semelle se détachait à tout moment. Malheur ne vient jamais seul. Le bailleur me délogea le même jour. Qui croyait encore en un intellectuel ? Ce mort avec sursis qui a plus droit aux honneurs posthumes. Une barbe clairsemée avait blanchi un menton sec d’un homme rendu incapable de concevoir une perspective pour sa survie. J’avais cru aux allégeances : On n’est pas riche tous les jours ni non plus pauvre tous les jours. C’était peut-être là toute l’erreur.

                Personne n’avait jamais vu un fou dans la cité. Un étrange personnage. Un malaise. Qui ne cherchait pas à rencontrer cet homme phénoménal ? Tout le monde voulait toucher ce cas social qui troublait la paix. Chaque matin on entendait crier Eurêka ! Il est ici ; mais personne ne le voyait. On prenait souvent un autre à sa place. Bizarre. On veut rencontrer un fou. Les bureaux se vident. Les magasins. Les commerçants abandonnent leurs marchandises aux voleurs. Il faut voir le fou.

- Qu’est ce qu’il a fait, le fou ?

- Caca.

- Quel est son nom ?

            Certains l ‘appelaient Chieur Professeur, d’autres Sueur Professeur. Un lapsus ou une invention ? Un peu de réserve. Les trouvailles en mots sont nombreuses et permises. Lorsque les attroupements s’agrandissaient, les femmes, sans le voir, on ne le voyait jamais, vomissaient pour affirmer il est là, il a fait caca.

- Dans sa culotte ? Demandait-on.

- Oui, dans sa culotte.

- Ça pue ?

- Du caca, ça pue toujours.

                 Les gens crachaient, maudissaient et plaignaient les entrailles qui ont engendré ce monstre. Bizarre. Drôle. Les acclameurs des cacas étaient tous tranquilles.  Je suis parti de la maison après le retour de ma femme. Elle, travaille. Un travail de femme est facile à trouver. Moi aussi, je voulais rencontrer le fou. Le voir, le palper. Et, peut-être le comprendre. Je croisai un premier homme.

- Monsieur, pourriez-vous me montrer où je peux rencontrer le fou ?

                Il s’énerva.

- Si c’est comme ça que vous êtes habitué à accuser les gens, si vous êtes espion, c’est votre problème. Avec moi, vous…

                Devant mon silence, il se calma, me fixa longuement et dit avec douceur :

- Je ne sais pas où il se trouve, chef.

                Un malaise. Il risquait. Moi aussi. Je ne le connaissais pas. Lui non plus ne me connaissait pas. Qui pouvait-il être ? Et moi ? Nous nous confondîmes en excuses.

                Je croisai un deuxième homme. Un troisième. Tous ne me répondaient pas. On répond à un imbécile par le silence. Puis, je croisai une vieille dame qui râlait. Si elle était homme, je l’aurais pris pour le fou. « Je ne pas peu de la lefolitio, disait-elle. Je ma fou. » (2) Elle se retournait et s’adressait à tout passant : « Je mafou. Alol, je mafou. Poul koi tu me legalde afek le sye de la lefolitio. Je mafou. La djipadace tsha tsha été pili galan et golo ke la lefolitio. Moi, je mafou. » (3) Je souris. Bizarre. Un malaise. Que pouvait bien signifier pour elle l’Indépendance et la Révolution ? Des mots creux. Elle ne peut pas comprendre. Jamais. Elle remarque. L’Indépendance était une promesse, la Révolution en est une autre. Un quatrième homme m’indiqua que je pouvais trouver le fou chez la brasseuse. 

 

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