C
O N T R I
APPENDICE DU
PLAN OMEGA : LA CULTURE
Médi'Art,
une publication du Groupe 30 disponible seulement en ligne
L'Afrique, un continent durement frappé par la crise économique
mondiale, se trouve plongée dans d'inextricables difficultés de tous ordres.
Alors que les pays du Nord commencent à sortir la tête de l'eau à travers une
croissance soutenue, l'Afrique, elle, régresse. Seules des actions concertées
à l'échelle continentale pourraient aider à résorber les disparités
criardes entre l'Afrique et de tels pays. C'est donc, dans ce cadre qu'il faut
inscrire le Plan Oméga. Celui-ci découle d'un quadruple constat:
la faiblesse des infrastructures dans les pays africains; le bas niveau
d'éducation des populations africaines; une couverture sanitaire peu
reluisante; un système d'exploitation agricole moyenâgeux .
Ainsi
un grand fossé sépare-t-il l'Afrique des
pays développés. En s'appuyant sur quatre domaines jugés prioritaires,
(infrastructures, éducation, santé et agriculture), le plan oméga se propose
de combler le fossé. Pour ce faire, il est impératif de trouver les
financements nécessaires à son exécution. Les ressources proviendront, donc,
de :
- Fonds déjà existants au niveau des pays africains et destinés aux infrastructures et à l'éducation, et de financements obtenus par le biais de la coopération internationale, multilatérale et bilatérale. Le mode de gestion sera régional ou continental.
-
Réserves de pays africains, producteurs de pétrole, d'habitude placées
sur les marchés occidentaux ; investies dans les économies occidentales et qui
pourraient être prêtées à l'Afrique.
-
Bons du trésor engagés par les pays développés afin de fournir des
ressources au plan
- Droits de tirages spéciaux spécialement conçus pour l'Afrique
- Ressources privées longues, une fois la confiance instaurée.
Le
plan oméga ainsi présenté dans ses grandes lignes appelle de notre part le
commentaire suivant : son réalisme
est frappant. Il peut être exécuté si la volonté politique existe et la paix
instaurée dans les zones en conflit où sa réalisation pourrait être entravée.
Aussi cette initiative mérite-t-elle d'être soutenue et encouragée ; surtout
dans une Afrique où la division est la chose la mieux partagée, le sous développement,
la pauvreté, la maladie, l'analphabétisme, ses moindres maux. Dans ces
conditions, imaginer, créer, innover, inventer deviennent une exigence. Dans ce
sens, le plan oméga tranche d'avec le pessimisme ambiant. Il est une parfaite
illustration de la volonté de l'Afrique de se défaire du fatalisme en usant de
ses ressources créatrices.
Mais
force est de reconnaître que le plan passe sous silence un secteur essentiel
dont la richesse et la diversité en font une denrée précieuse pour l'Afrique
: la culture. Celle-ci n'est pas, souvent prise en compte dans les politiques de
développement. Colin Mercer explique cet état de fait par "une mauvaise
appréhension ou même une reconnaissance incomplète de l'objet de nos réflexions
: la culture"(Conférence de Melbourne, Australie décembre 1993).
Dans un contexte de mondialisation, le problème du développement
devient "tout-sectoriel". Par conséquent, aucun secteur ne doit être
occulté. Même, s'il faut sérier les priorités, il convient à l'Afrique
d'identifier les avantages quelle pourrait, aujourd'hui tirer de la culture.
Dans ce
domaine, l'Afrique recèle d'énormes potentialités et la culture est devenue
une industrie ; un secteur à forte valeur ajoutée². A en croire les
projections de l'hebdomadaire The Economist du 17 Octobre 1992 : grâce à la
libéralisation de la radio et de la télévision et à la commercialisation, la
marge de progression du secteur de
la culture à l'échelle mondiale serait de l'ordre de 10% c'est-à-dire plus élevée
dans beaucoup d'autres secteurs industriels et commerciaux.
- pallier la
rareté de ressources en finançant les différents domaines du plan à partir
des fonds générés par le développement des industries culturelles ;
- identifier des
sous secteurs de la culture à développer : cinéma et production
audiovisuelle, industrie musicale, livre et édition spécialisée, métier
d'art, multimédia ;
- construire des infrastructures : studios de production de film, studios
d'enregistrement musicaux, usine de duplication de cassette audio et vidéo, de
pressage de CD, de fabrication de matériel d'artistes peintre, salles de
spectacles, quartiers de cinémas, grandes maisons d'édition, installation de
cyberpoints dans toutes les villes et hameaux africains.
Certaines
de ces infrastructures pourraient être installées pour chaque sous-région
dans un pays où les potentialités existent déjà (exemple pour la sous région
Afrique de l'Ouest, l'industrie cinématographique sera installée à
Ouagadougou)
- Mettre sur pied une Société de Développement des Industries
Culturelles en Afrique (SODICA) à l'instar de la SODEC (Société de Développement
des Entreprises Culturelles) du Québec (Canada) afin de :
· Etablir
un partenariat à l'exportation afin de soutenir la compétitivité des
entreprises culturelles à l'extérieur du continent
· Favoriser
également la circulation des biens et des acteurs culturels à l'échelle de
l'Afrique tant au niveau régional que sous régional
· Gérer à
des fins de restauration et de location un parc d'immeubles patrimoniaux à l'échelle
régionale et sous régionale et particulièrement au niveau des villes
d'Afrique classées "patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO"
· Soutenir
les entreprises culturelles à travers l'administration de programmes d'aide sélective
ou automatique sous forme d'investissement, de subvention ou d'aide remboursable
· Proposer
aux entreprises culturelles des outils financiers généralement offerts par les
institutions financières traditionnelles comme le prêt à terme, le crédit
renouvelable et la garantie de prêt
· Jouer le
rôle de banquier qui peut s'étendre au rôle d'investisseur, prise alors de
parts au capital-actions de certaines entreprises
· Participer
à de grandes productions cinématographiques et télévisuelles à l'échelle
sous - régionale ou régionale pour réaliser des films à grands budgets afin
de rendre compétitive la production cinématographique africaine.
-
oeuvrer à l'abaissement de la fiscalité et à l'harmonisation des
droits de taxes et impôts dans le secteur de la culture.
Ce
ne sont là que quelques suggestions que nous avons voulu faire. Il reste
certain que, le secteur de la culture peut se trouver en parfaite adéquation
avec le plan. Son rôle et son dynamisme en Afrique lui confèrent cette
possibilité. L'urgence est donc au développement des industries culturelles
dans un contexte de mondialisation. Les politiques de développement ne peuvent
occulter la culture sous peine de faire subir à l'Afrique les
contrecoups d'une agression culturelle et la perpétuation d'une domination économique
dans ce secteur. C'est l'une des raisons majeures de la nécessité de prendre
en charge la culture dans le plan Omega ou alors de créer, peut être, un plan
Alpha de la culture. En tout cas,
la réflexion doit être enrichie par tous ceux qui sont soucieux du devenir de
la culture en Afrique.
Saliou
NDOUR
Chargé de Cours de Sociologie
SENEGAL